
Carlo Gesualdo (1560-1613)
5ème livre de madrigaux (1611)
- Gioite voi col canto — Réjouissez-vous avec le chant
- S’io non miro non moro — Si je ne regarde pas je ne meurs pas
- Itene, o miei sospiri — Allez, ô mes soupirs
- Dolcissima mia vita — Ma vie très douce
- O dolorosa gioia — Ô douloureuse joie
- Qual fora, donna — Pourquoi ne pas exhaler, ma dame
- Felicissimo sonno — Très heureux sommeil
- Se vi duol il mio duolo — Si vous êtes peinée par ma peine
- Occhi del mio cor vita — Yeux, de mon coeur la vie
- Languisce al fin — Il s’éteint enfin
- Mercè grido piangendo — Miséricorde ! je crie ce mot en pleurant
- O voi, troppo felici — Ô vous, qui êtes trop fortunés
- Correte, amanti, a prova — Mesurez-vous, amants, à la course
- Asciugate i begli occhi — Séchez vos beaux yeux
- Tu m’uccidi, o crudele — Tu me tues, ô cruelle
- Deh, coprite il bel seno — Ah, recouvre le beau sein
- Poichè l’avida sete — Puisque ta soif avide
- Ma tu, cagion di quella atroce pena — Mais toi, la cause de cette peine atroce
- O tenebroso giorno — Ô jour ténébreux
- Se tu fuggi, io non resto — Si tu fuis, je ne reste pas
- T’amo, mia vita — Je t’aime ma vie
Ensemble La Sestina
Isaline Dupraz : soprano
Francesca Puddu : mezzo-soprano
Clara Meloni : mezzo-soprano
Christian Reichen : ténor
Simon Jordan : ténor
Yannis François : basse
Sylvain Nicolet : basse
Direction : Adriano Giardina
Coproduction Jardins Musicaux — La Sestina
Gesualdo reste un des musiciens les plus troublants de la Renaissance. Le 20ème siècle, Stravinsky en tête, a été fasciné par le personnage et l’œuvre de Carlo Gesualdo, prince de Venosa. Issu de la haute aristocratie italienne, il s’est distingué à la fois pour avoir tué sa première épouse et l’amant de cette dernière, et pour avoir écrit des madrigaux qui lui ont permis d’être considéré comme un prophète visionnaire. Le Cinquième Livre comporte les pièces les plus extrêmes du compositeur.
Né à Naples, il a partagé sa vie entre Ferrare et son château de Gesualdo. Dès 1596, il s’établit définitivement sur ses terres, s’isolant de ses semblables et souffrant d’une mélancolie rampante. Les textes choisis par Gesualdo pour son Cinquième Livre sont typiques de sa dernière manière épigrammatique et conceptuelle ; ils privilégient les antithèses et les oxymores (ainsi par exemple le vers liminaire du madrigal n°5, « O dolorosa gioia » (« Oh ! douloureuse joie »). Sur les vingt et un poèmes, seuls trois sont signés, dont deux par Guarini. C’est sur cette base que le compositeur amène le langage musical polyphonique renaissant aux portes de son éclatement dans lequel l’usage systématique, exacerbé et ostentatoire du chromatisme et des silences expressifs devient la norme.
